dimanche 11 mars 2007

Jimi Hendrix et ma mère...

L’anecdote s’est déroulée un bel après-midi d’août 70 dans la petite municipalité de Labelle dans les Laurentides. Dans quelques semaines, je partirai pour la grande ville y amorcer mon collégial au cegep Ahuntsic.

Enfermé dans le salon, j’ai placé le microsillon du festival de Woodstock sur le «stéréo», j’ai mon large chapeau de freak en feutre bleu sur la tête et je fume mon joint.

Les volutes de fumée ne tardent guère à me transporter directement sur la scène et je commence MON show. Ma guitare invisible bien en main, debout devant le large miroir de la pièce, je chante et me déhanche frénétiquement sur chacun des tubes que je connais par cœur.

Époque merveilleuse d’insouciance et de liberté : toute la vie devant soi, le cegep des grands et l’attirante Montréal qui m’attendent, l’aventure et l’amour à l’horizon, lalalère. Et ce confortable bien-être difficile à décrire : me défouler en performant sans retenue, seul devant le miroir.

Je suis Joe Cocker, je suis la voix de Roger Daltrey ET la guitare de Pete Townshend des Who. Je suis même Joan Baez qui se moque de Ronald Ray Guns le gouverneur de Californie. Je hurle la Suite Judy blue eyes de Crosby, Stills and Nash (ma préférée). Je poursuis avec I’m goin’ home de Ten Years After et mes doigts frétillent aussi vite qu’Alvin Lee sur le manche de ma guitare imaginaire. « Je suis aux zoizeaux, l’monde me lance des bravos . . . ».

Puis arrive mister Jimi. Sur le microsillon, Hendrix garroche une décharge électrique qui dépasse l’entendement : le Star Spangled Banner, l’hymne national des USA massacré par cette guitare hurlante sans pareille. J’ai vu le film et j’imite Jimi.

Me voilà étendu par terre, tordant ma guitare imaginaire dans tous les sens. Les deux yeux fermés ben dur (re-salut Charlebois), je suis en pleine transe et je gigote comme un épileptique en pleine crise.

Au travers de cette avalnche de notes stridentes, j’entends une voix m’appeler :

Michel ! Michel !

Intrigué, j’ouvre les yeux. Entre le bout de mon nez et le plafond du salon, une apparition : le visage inquiet et interrogateur de ma mère qui m’observe...

Fin abrupte et définitive du show. Quelques très brèves secondes pour reprendre un semblant de contenance et je me relève.

- Qu’est-ce qui se passe Mom ?

- Faudrait que tu descendes les vidanges...

- La prochaine fois, faudrait que tu cognes avant d’entrer.

Pas d’interrogatoire, pas de semonce. Comme un respect empreint de pudeur entre la mère et l’ado. Et pour la totalité des spectacles qui ont suivi, je vous le jure, un énorme sofa bloquait la porte d’accès au salon. The show must go on ...

3 commentaires:

JC a dit…

Ah ! ces nostalgiques séances défoulantes de nos imitations adolescentes des dieux de la guitare ;-) Pour ma part j'y allais frénétiquement à coup de capuchon de stylo Bic sur une vieille raquette de tennis ;-) Ça tenait le beat en maudit ;-)

@+

JC

Pierre-Leon a dit…

Hahahaha!

Depuis quand on écoute l'hymne national effouaré à terre?!

J'ose à peine imaginer ce qui s'est passé entre les deux oreilles de ta mère...

Excellent billet!

crocomickey a dit…

Venant de ta part Pierre-Léon, voilà bien un compliment qui me gonfle l'égo ... mais pas trop. Je vais garder les pieds sur terre.